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645 To Theo van Gogh. Arles, on or about Sunday, 22 July 1888.

metadata
No. 645 (Brieven 1990 650, Complete Letters 513)
From: Vincent van Gogh
To: Theo van Gogh
Date: Arles, on or about Sunday, 22 July 1888

Source status
Original manuscript

Location
Amsterdam, Van Gogh Museum, inv. nos. b554 a-b V/1962

Date
Vincent thanks Theo for the 50 francs he sent (l. 191) and tells him that MacKnight has finally expressed an opinion of his work (l. 176). There was no mention of this in letter 644, which was written between 17 and 20 July. Since Vincent did not tell Theo that Russell had written to him until about 24 July (see letter 650) and Russell’s letter (letter 647) is dated 22 July, the present letter must have been written before letter 650. Russell’s letter could not have reached Arles until 23 July at the earliest. Accordingly, we have dated the present letter on or about Sunday, 22 July 1888.

Ongoing topics
The plan to sell modern art in England (578)
Theo’s possible trip to America (610)
Gauguin’s illness (581)
Gauguin coming to Arles (602)

original text
 1r:1
Mon cher Theo,
si j’étais plus jeune certes je me sentirais envie de proposer au père Boussod de nous envoyer toi et moi à Londres sans salaire autre que 200 francs par mois de credit mais la moitié du gain sur les tableaux impressionistes dont ils pourraient reduire ce salaire de 200. Maintenant – nos carcasses ne sont plus jeunes et une entreprise d’aller à Londres dénicher de l’argent pour les impressionistes serait une espece de chôse à la Boulanger, à la Garribaldi,1 à la Don Quichotte.2
Et le père Boussod nous enverrait joliment chier d’ailleurs si on le lui proposait comme cela. Seulement j’aimerais encore mieux te voir aller à Londres qu’à New York.
Mes doigts de peintre se dégourdissent pourtant quand bien même ma carcasse se démolit. Et ta tête de marchand, de vendeur, metier long à apprendre aussi, gagne en expérience.
Dans notre position – comme tu le dis bien – si précaire, n’oublions pas nos avantages et tâchons de garder notre  1v:2 patience pour bien faire, et notre clairvoyance. N’est ce par exemple pas vrai que dans tous les cas il vaut encore mieux qu’on te dise un jour, va-t-en à Londres, que de te foutre à la porte sans vouloir de tes services.
Je me fais plus vieux que toi et ce que j’ambitionne c’est d’être moins à ta charge. Or de cela, s’il n’arrive pas de catastrophe trop obéliscale et s’il ne survient pas de pluie de crapauds j’y espère arriver.
Je viens encore d’ôter de leurs chassis une trentaine d’études peintes.
Si dans les affaires nous ne cherchons que notre moyen d’existence – serait ce un si grand malheur d’aller à Londres – où il me semble qu’il y a plus de chance de vendre qu’ailleurs. Dans tous les cas je me dis que par exemple pour ces trente etudes que je t’enverrai tu ne pourras pas en vendre une à Paris. Alors pourtant que comme disait notre  1v:3 oncle de Prinsenhage3 “tout se vend”. Et dans notre cas – ce que je fais c’est pas vendable comme par ex. les Brochart4 mais c’est vendable à ceux qui prennent des chôses parcequ’il y a de la nature. Quoi, une toile que je couvre vaut davantage qu’une toile blanche. Ça – mes prétentions ne vont pas plus loin – n’en doutes pas – mon droit de peindre, ma raison de peindre, pardi mais je l’ai.–
Ça ne m’a couté à moi que ma carcasse bien demolie – mon cerveau bien toqué pour ce qui est de vivre comme je pourrais et devrais, vivre en philantrope–. Ça ne t’a coûté à toi qu’une mettons quinzaine de mille francs que tu m’as avancée.
Or – – .. il n’y a pas à se foutre de nous.–
Voilà la fin du raisonnement envers maitre Boussod. Gardes ton calme et ton aplomb.
 1r:4
Et s’ils te parlent de Londres – ne leur dis pas la chôse toute crue comme je la mets en tête de cette lettre.
Mais tu fais bien de ne pas contredire aux puissances (quelles puissances!).
Mon cher frère, si je n’etais pas foutu et toqué par cette sacré peinture, quel marchand je ferais encore avec les impressionistes justement. Mais voilà, je suis foutu. Londres est bon, Londres est juste ce qu’il nous faut – mais hélas, je sens ne plus pouvoir ce que j’aurais pu.– Mais brisé et tel quel, moi je n’y vois aucun malheur que tu irais à Londres; s’il y a du brouillard, ma foi à Paris cela parait egalement augmenter.–
Ce qu’il y a – en effet – c’est que nous sommes devenus plus agés et qu’il faille agir selon – tout le reste n’existe point.– Or il y a le pour de ce contre et – – il faudra le faire valoir.5
 2r:5
à présent que toi non plus aies eu des nouvelles de Gauguin cela me parait bien drôle – et je présume qu’il est et malade et découragé.
Si tout à l’heure je te rappelais ce que nous coute la peinture6 c’est seulement pour insister sur ce que nous devons nous dire que nous sommes allés trop loin pour nous retourner en arrière – et pour le reste je n’insiste sur rien. Car à part la vie materiell[e],
quelle chôse pourrait m’être nécessaire désormais.–
Si G. ne peut pas payer sa dette7 ni payer son voyage –
S’il me garantit en Bretagne la vie meilleur marché –
Pourquoi de mon côté n’irais je pas chez lui si nous voulons l’aider.
Si lui dit “je suis en pleine vie et en plein talent” – pourquoi ne dirais je pas moi la même chôse. Mais voilà, on n’est pas en pleine finances.– Et donc ce qui revient le moins cher c’est ce qu’il faut faire.
 2v:6
Beaucoup de peinture, peu de frais est le parti qu’il faut prendre.
Ceci pour répéter encore une fois que je laisse là toute préférence pour soit le nord soit le midi.
Tous les plans que l’on fait, cela a des arrière racines de difficultés.
Comme avec Gauguin cela serait si simple – mais le déplacement – après – est ce qu’il sera content encore. Mais puisque faire des plans ne peut pas se faire je ne me préoccupe pas de ce que la position soit précaire. La savoir telle et le sentir est ce qui nous fait ouvrir les yeux et travailler. Si agissant ainsi on se fout dedans, moi j’ose en douter, il nous restera quelque chôse. Mais quoi, je declare n’en rien prévoir lorsque des gens comme Gauguin on les voit comme devant un mur. Esperons qu’il y aura issue pour lui et pour nous.
 2v:7
Si je songeais, si je réfléchissais aux possibilités désastreuses je ne pourrais rien faire – je me jette tête perdue dans le travail, j’en ressors avec mes études; si l’orage en dedans gronde trop fort je bois un verre de trop pour m’étourdir.
C’est être toqué vis à vis de ce que l’on devrait être.
Mais auparavant je me sentais moins peintre, la peinture devient pour moi une distraction comme la chasse aux lapins aux toqués qui la font pour se distraire.
L’attention devient plus intense, la main plus sure.–
Alors c’est pourquoi j’ose presque t’assurer que ma peinture deviendra meilleure. Car je n’ai plus que cela.
As tu lu dans de Goncourt que Jules Dupré aussi leur faisait l’effet d’un toqué.
 2r:8
Jules Dupré avait trouvé un bonhomme amateur qui le payait.8
Si je pouvais trouver cela et ne pas tant t’être à charge.
Après la crise que j’ai passé en venant ici je ne peux plus faire des plans ni rien, je me porte mieux maintenant décidement mais l’espérance, le désir d’arriver est cassé et je travaille par necessité, pour ne pas tant souffrir moralement, pour me distraire.
Mac Knight a hier un peu rompu son silence en disant qu’il aimait beaucoup mes deux dernieres études (le jardin de fleurs)9 et en causant très longtemps.
Enfin – mais sais tu que si tu étais pour ton comptea peutêtre serais tu obligé de chercher des relations anglaises. Ceci pour répéter encore, est ce que ce serait un si grand malheur d’aller à Londres – si toutefois c’etait inévitable faudrait-il se desoler pour cela. Enfin il n’y a pas de comparaison. Sauf le climat – c’est infiniment mieux que le Congo.– bonne poignée de main et bien merci de ta lettre et du billet de 50 fr.

t. à t.
Vincent.

translation
 1r:1
My dear Theo,
If I was younger I’d certainly feel like suggesting to père Boussod to send us, you and me, to London, without any salary other than 200 francs credit a month, but half of the profit on Impressionist paintings, for which they could deduct this salary of 200. Now — our carcasses are no longer young, and an enterprise to go to London to unearth money for the Impressionists would be a sort of thing in the style of Boulanger, in the style of Garibaldi,1 in the style of Don Quixote.2
And besides, père Boussod would really send us packing if we suggested such a thing to him. Only I’d really rather see you go to London than to New York.
My painter’s fingers are loosening up, though, just at the very time my carcass is breaking down. And your head as a dealer, a salesman, another trade that takes long to learn, is gaining in experience.
In our position— which is, as you rightly say, so precarious — let’s not forget our advantages, and let’s try to keep our  1v:2 patience for doing well, and our acumen. Is it not, for example, true that in every case it’s still better if they were to say to you one day, go off to London, than to kick you out and not to want your services?
I’m ageing faster than you, and what I’m striving for is to be less of a burden to you. Now as far as that goes, if not too monumental a catastrophe occurs, and if it doesn’t rain toads, I hope to achieve that.
I’ve just taken thirty or so painted studies off their stretching frames.
If in business affairs we looked only for our livelihood — would it be such a great misfortune to go to London — where it seems to me that there’s more chance of selling than elsewhere? In any case, I tell myself that, for example, in the case of the thirty studies that I’ll send you, you won’t be able to sell a single one in Paris. But then again, as our  1v:3 uncle from Princenhage3 used to say, ‘everything sells’. And in our case — what I do isn’t saleable like the Brocharts, say,4 but it’s saleable to those who buy things because there’s nature in them. Look, a canvas that I cover is worth more than a blank canvas. There — my pretensions go no further — don’t doubt that — my right to paint, my reason for painting, I do have it!
It’s only cost me my broken-down carcass — my mind pretty well cracked as far as living as I could and should goes — living like a philanthropist. It’s only cost you, let’s say, around fifteen thousand francs that you’ve advanced me.
Now — —.. there’s no reason to make monkeys of us.
And that’s the end of my reasoning on the subject of Mister Boussod. Keep your calm and your nerve.  1r:4
And if they talk to you about London — do not say the thing to them bluntly, the way I put it at the beginning of this letter.
But you’re right not to contradict the powers that be (what powers!).
My dear brother, if I wasn’t all washed up, and driven crazy by this bloody painting, what a dealer I’d still make, with the Impressionists, I mean. But there we are, I’m all washed up. London’s good, London’s just what we need — but alas, I feel I can no longer do what I could have done. But broken as I am, I myself see no misfortune if you were to go to London; if there’s fog, well, it seems to be increasing in Paris, too.
What it is — in fact — is that we’ve grown older, and that we’ve got to behave accordingly — none of the rest exists. Now, there’s the pro of this con, and — — we’ll have to turn it to account.5  2r:5
It seems really strange to me that at present you should have had no news from Gauguin either — and I presume he’s both ill and discouraged.
If I was reminding you just now what painting costs us,6 it was only to emphasize what it is that we have to say to ourselves, that we’ve gone too far to turn back — and for the rest, I don’t put the emphasis on anything. Because other than material existence, what could be indispensable to me from now on?
If G. can’t pay his debt7 nor pay for his journey —
If he guarantees me a cheaper life in Brittany —
Why should I not, for my part, go and live with him, if we want to help him? If he says ‘I’m alive and well and my talent’s in full flow’ — why should I not say the same thing myself? But there you are, our funds aren’t in full flow. And so what works out least expensive is what we must do.  2v:6
A lot of painting, few expenses is the course we must take.
This to repeat once again that I put aside any preference for either the north or the south.
All the plans we make have deep-rooted difficulties behind them.
How simple it would be with Gauguin — but the move — afterwards — will he still be happy? But as making plans can’t be done, I’m not worrying that the situation is precarious. Knowing it to be such, and feeling it, is what makes us open our eyes and work. If we do things that way and make a balls of it — I dare think it unlikely myself — we’ll be left with something. But look, I declare I’m not expecting anything, when you see people like Gauguin as if up against a wall. Let’s hope there’ll be a way out, for him and for us.  2v:7
If I thought about, if I dwelled on the disastrous possibilities, I could do nothing — I throw myself into work with abandon, I re-emerge from it with my studies; if the storm within roars too loudly, I drink a glass too many to stun myself.
It’s being crazy, compared with what one ought to be.
But earlier on, I felt less of a painter, painting is becoming a distraction for me, like hunting rabbits for the crazy people who do it to distract themselves.
My attention is becoming more intense, my hand steadier.
And that’s why I dare almost give you an assurance that my painting will become better. Because that’s all I have left.
Have you read in De Goncourt that Jules Dupré also gave them the impression that he was crazy?  2r:8
Jules Dupré had found some art lover who was paying him.8
If only I could find that, and not be such a burden on you.
After the crisis I went through when I came here, I can no longer make plans or anything else; I’m definitely better now, but hope, the desire to achieve, is broken and I work from necessity, so as not to suffer so much mentally, to distract myself.
Yesterday MacKnight broke his silence a little by saying he very much liked my last two studies (the flower-garden),9 and chatting about it for a very long time.
Well then — but do you know that if you were in business on your own account, you would perhaps be obliged to look for English connections? This to repeat once again, would it be so great a misfortune to go to London — if, however, it was inevitable, should we be sorry about that? Anyway, there’s no comparison. Except the climate — it’s infinitely better than the Congo. Good handshake, and many thanks for your letter and for the 50-franc note.

Ever yours,
Vincent.
notes
1. The Italian freedom fighter Giuseppe Garibaldi led an extraordinarily tumultuous life. He commanded army units, drew up Republican liberation programmes, offered his services during the Third Republic and became a member of the Chamber of Deputies in 1874.
2. The knight errant Don Quixote is the protagonist of Miguel de Cervantes Saavedra’s eponymous novel Don Quixote of 1605. A Don Quixote is someone who fights blindly for fanciful ideals.
3. Uncle Vincent van Gogh, who lived in Princenhage.
4. Constant-Joseph Brochart mainly painted bacchanals, Oriental subjects and elegant, fashionable ladies. See Schurr and Cacan de Bissy 1972-1989, vol. 2, p. 80.
5. The sheet is not full. Van Gogh apparently meant to end his letter here (in his next letter to Theo he seemed to think that he had actually done so – see the opening sentences of letter 650), but in fact he continued on another sheet. The fact that the second sheet does belong to the present letter is confirmed in l. 98, where Van Gogh refers back to ll. 60-66 on the first sheet.
6. This remarks refers to ll. 60-66.
7. Gauguin owed money to the doctor and the inn in Pont-Aven, where he had been living on credit for months (see letter 623).
8. The third volume of the diaries of Edmond and Jules de Goncourt, covering the years 1866-1870, was published in April 1888. On 10 July 1866 they remarked on Jules Dupré’s fervour in their Journal: ‘There is at the same time something of an apostle, a workman and a loony in the great landscape painter.’ (Il y a à la fois de l’apôtre, de l’ouvrier et du toqué, chez le grand paysagiste.)
In the same diary entry, they said of Dupré’s patron: ‘Went to Isle-Adam to see the beautiful and curious collection of modern landscapes belonging to the coach-builder Charles Binder ... Stocky, newly rich and middle-class, he has tried, quite intelligently, to ennoble himself through his collection, artistic taste, his relationship with Jules Dupré’ (Été voir à Isle-Adam la belle et curieuse collection de paysages modernes du carrossier Charles Binder ... Un bourgeois râblé et enrichi, qui a essayé, assez intelligemment, de s’anoblir avec une collection, des goûts artistiques, une liaison avec Jules Dupré) (Goncourt 1887-1906, vol. 3, pp. 56-57). Binder, a Parisian coach-builder, had bought a country estate in Isle-Adam in 1853. His picture gallery, with work by Dupré, Corot and Rousseau, was famous. See Blanche Vogt, L’Isle-Adam, perle de L’Ile de France. Paris 1953, p. 48.
9. In letter 644 Van Gogh reported that MacKnight and Boch had still not said anything about his work. The two studies he refers to are Garden with flowers (F 430 / JH 1510 ) and Garden with flowers (F 429 / JH 1513 ).
a. Read: ‘à ton compte’.