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682 To Theo van Gogh. Arles, Tuesday, 18 September 1888.

metadata
No. 682 (Brieven 1990 686, Complete Letters 538-538a)
From: Vincent van Gogh
To: Theo van Gogh
Date: Arles, Tuesday, 18 September 1888

Source status
Original manuscript

Location
Amsterdam, Van Gogh Museum, inv. nos. b581 a-b V/1962 (sheets 1 and 2) and b582 V/1962 (sheet 3)

Date
Vincent thanks Theo for his allowance of 50 francs and for the 16 September issue of Le Courrier Français that he had sent (see n. 1). From the strap-line of this newspaper – ‘published every Saturday’ (paraissant tous les samedis) – it would appear that this issue had actually come out on Saturday, 15 September. The letter was written early in the morning, as we learn from the opening words of letter 683, which was written later the same day. Van Gogh repeats what he wrote in ‘yesterday’s’ letter (ll. 21 and 38). He would not have been referring here to the date of writing(Sunday evening) but the date of posting, in other words 17 September (see letter 681) – for he also says that he paid the hotel keeper yesterday, and from what follows it transpires that he used the 50 francs he had just received to do it (he now has only 5 francs left). He also announced in letter 681 that he was moving into the Yellow House the next day; in the present one he has already spent the night there. We have therefore dated it Tuesday, 18 September 1888.

Ongoing topics
Decoration of the Yellow House (665)
Gauguin coming to Arles (602)

original text
 1r:1
Mon cher Theo,
Merci beaucoup de ta lettre et du billet de 50 francs qu’elle contenait. J’ai egalement reçu le dessin de Maurin qui est superbe.1 C’est un grand artiste que celui là. Cette nuit j’ai couché dans la maison et quoiqu’il y a encore à faire je m’y sens bien content. d’ailleurs je sens que je peux en faire quelque chôse qui durera et dont un autre pourra egalement profiter. Maintenant l’argent depensé ne sera plus de l’argent perdu et la différence de cela je crois que tu ne tarderas pas à la voir. Actuellement cela me fait penser aux intérieurs de Bosboom avec les dalles rouges, les murs blancs, les meubles en bois blanc ou en noyer, les coins de ciel bleu intense et de verdure aperçus par les fenêtres. Maintenant l’entourage du jardin public, des cafés de nuit, de l’épicier,2 certes ce n’est pas du Millet mais à défaut de cela c’est du Daumier, du Zola en plein. Or c’est bien suffisant pour y trouver des idées n’est ce pas.–
Hier je t’ai déjà écrit que, comme si je mets les deux lits à 300 francs, encore le prix ne peut souffrir de réduction.3 Si toutefois j’ai déjà acheté plus que cela c’est que, si j’ai deja mis là-dedans la moitié de l’argent de la semaine dernière, j’ai  1v:2 hier encore eu à payer 10 francs au logeur et 30 francs pour un paillasson.a
Il me reste en poche à ce moment 5 francs. Alors je te prierai de m’envoyer comme tu pourras, ou bien – mais par retour immediat –
encore un louis4 pour passer ma semaine ou bien cinquante francs si c’est possible. De facon ou d’autre je voudrais ce mois ci pouvoir compter de recevoir sur le tout du mois une fois encore 100 au lieu de 50 comme je te l’ai demandé dans ma lettre d’hier.
Si j’épargne sur le mois 50 francs moi-même, si j’y ajoute les autres 50 cela fait qu’en tout pour l’ameublement j’aurai dépensé 400 francs. Mon cher Theo, enfin nous voilà davantage dans le juste. Certes cela ne fait rien de n’avoir ni feu ni lieu tant qu’on est jeune et de vivre en voyageur dans les cafés mais maintenant cela me devenait insupportable et surtout ce n’etait pas en accord avec un travail réfléchi. Aussi mon plan est il tout fait. Je chercherai à faire de la peinture pour ce que tu m’envoies tous les mois et puis je veux faire de la peinture pour la maison. Celle que je ferai pour la maison ce sera pour te rembourser les dépenses antérieures. Je reste en effet un peu marchand dans ce sens que j’y tiens à prouver que je paye mes dettes et sais ce que je veux pour la marchandise que le mauvais métier de peintre pauvre me force de travailler.
 1v:3
Enfin je me sens à peu près sûr d’arriver à faire une décoration qui vaudra 10 mille francs ici entretemps. Laisse moi dire – Si nous fondons ici un atelier asile pour l’un ou l’autre copain dans la dèche jamais personne ne pourra nous reprocher ni à toi ni à moi de vivre et de dépenser pour nous seuls.
Or pour fonder un tel atelier il faut un fonds de roulement or celui là c’est moi qui l’ai mangé dans mes années d’improduction et je le rendrai maintenant que je commence à produire.
Je t’assure que pour toi comme pour moi je juge indispensable, mais d’ailleurs notre droit, d’avoir toujours un louis ou quelques louis dans la poche et un certain fonds de marchandises à manier.
Mais mon idee serait qu’au bout du compte on eusse fondé et laisserait à la postérité un atelier où pourrait vivre un successeur.
Je ne sais pas si je m’exprime assez clairement mais en d’autres termes: nous travaillons à un art, à des affaires qui resteront non seulement de notre temps mais qui pourront encore après nous etre continué par les autres.
Toi tu fais cela dans ton commerce, c’est incontestable que dans la suite cela prendra alors même qu’actuellement tu as beaucoup de contrariétés.5
Mais pour moi je prevois que d’autres artistes voudront voir la couleur sous un soleil plus fort et dans une limpidité plus japonaise.  1r:4 Or si moi je fonde un atelier abri à l’entrée même du midi cela n’est pas si bête.
Et justement cela fait que nous pouvons travailler sereinement. Ah, si les autres disent, c’est trop loin de Paris &c. – Laissez faire, c’est tant pis pour eux. Pourquoi le plus grand coloriste de tous, Eug. Delacroix, a t il jugé indispensable d’aller dans le midi et jusqu’en Afrique.–6 Evidemment puisque non seulement en Afrique mais même à partir d’Arles vous trouverez naturellement les belles oppositions des rouges et des verts, des bleus et des oranges, du souffre et du lilas. Et tous les vrais coloristes devront en venir là à admettre qu’il y existe une autre coloration que celle du Nord. Et je n’en doute pas si Gauguin venait, il aimerait ce pays ci, si Gauguin ne venait pas c’est qu’il a déjà cette expérience des pays plus colorés et il serait toujours de nos amis et d’accord en principe. Et il en viendrait un autre à sa place.
Si ce que l’on fait donne sur l’infini, si on voit le travail avoir sa raison d’être et continuer au dela, on travaille plus sereinement. Or cela tu l’as à double raison.
 2r:5
Tu es bon pour les peintres et saches le bien que plus j’y réflechis plus je sens qu’il n’y a rien de plus reellement artistique que d’aimer les gens.– Tu me diras qu’alors on ferait bien de se passer de l’art et des artistes.– Cela est d’abord vrai mais enfin, les grecs et les francais et les vieux hollandais ont accepté l’art et nous voyons l’art toujours ressuciter après les decadences fatales – et je ne crois pas qu’on serait plus vertueux pour cette raison qu’on aurait en horreur et les artistes et leur art. Maintenant je ne trouve pas encore mes tableaux bons assez pour les avantages que j’ai eu de toi. Mais une fois que cela sera bon assez, je t’assure que tu les auras crées tout autant que moi et c’est que nous les fabriquons à deux.
Mais je n’insiste pas là-dessus parceque cela te deviendra clair comme le jour si j’arrive à faire un peu plus serieusement les chôses.
Dans ce moment j’ai une autre toile de 30 carrée  2v:6 en train, de nouveau un jardin ou plutôt une promenade sous des platanes avec du gazon vert et des buissons noirs de sapin.7
Tu as fort bien fait de commander la couleur et la toile8 car le temps est superbe, superbe. Le mistral y est toujours mais il y a des intervalles de calme et alors c’est admirable. Si nous avions moins de mistral ce pays serait reellement aussi beau et se preterait autant à l’art que le Japon.
En t’ecrivant, très bonne lettre de Bernard qui songe de venir à Arles cet hiver – toquade – mais enfin peutêtre aussi que Gauguin me l’envoie comme remplaçant et préférera rester lui dans le nord. Nous le saurons bientôt car je suis persuadé qu’il t’écrira chôse ou autre.
La lettre de Bernard parle avec grande estime et sympathie de Gauguin et je suis persuadé que reciproquement ils se sont compris. Et certes je crois que Gauguin lui a fait du bien, à Bernard.
 2v:7
Que Gauguin vienne ou non, il restera des amis et s’il ne vient pas maintenant il viendra à une autre époque. Instinctivement je sens que Gauguin est un calculateur qui se voyant en bas de l’échelle sociale veut reconquerir une position par des moyens qui seront certes honnêtes mais qui seront tres politiques. Gauguin sait peu que je suis à même de tenir compte de tout cela. Et il ne sait pas peutetre qu’il lui faut absolument gagner du temps et qu’avec nous il le gagne, s’il n’y gagnerait pas autre chose.
Maintenant si un jour ou un autre lui fiche le camp de Pont Aven avec Laval ou Maurin9 sans payer sa dette, selon moi dans son cas il serait encore dans le juste, autant que l’est toute bête aux abois.–
Je ne crois pas qu’il soit sage d’offrir immediatement à Bernard 150 francs pour un tableau par mois comme on l’a offert à Gauguin. Et Bernard qui a causé evidemment longuement avec Gauguin sur toute l’affaire, n’y compte-il pas un peu de remplacer Gauguin.
 2r:8
Je crois qu’il sera nécessaire d’être très ferme et très categorique dans tout cela.
Et sans dire ses raisons parler très clairement.
Je ne peux pas donner tort à Gauguin – boursier, agent10 – s’il veut risquer quelque chose dans le commerce, seulement moi je n’en serais pas, j’aime mille fois mieux continuer avec toi que tu sois avec les Goupil ou non. Et les marchands nouveaux sont comme tu le sais, en plein, dans mon opinion absolument la même chôse que les anciens.
Par principe en theorie je suis pour une association d’artistes se sauvegardant la vie et le travail mais je suis par principe et en theorie egalement contre les essais de démolition des anciens commerces une fois établis. Laissez les donc pourrir en paix et mourir de leur belle mort. C’est de la pure présomption que de vouloir regenerer le commerce. N’en faites pas du tout, sauvegardez vous la vie entre vous, vivez en famille, en freres et compagnon, parfait, cela même dans un cas que cela ne reussirait pas je voudrais en être mais jamais je ne serai d’un coup monté contre d’autres marchands. Je te serre bien la main, j’espère que cela ne te genera pas trop absolument ce que je suis forcé de te demander. Mais je n’ai pas voulu trainer d’aller coucher chez moi. Et en cas que toi-même sois gené, avec 20 francs de plus je passerai la semaine mais cela sera d’urgence.

t. à t.
Vincent.

 3r:9
La lettre que Gauguin t’[enverra sous p]eu, je suis porté à le croire, mettra la ques[tion au cl]air.
Moi je ne donne pas to[rt à u]n artiste de son mérite qu’il dise, vous me payerez mon voyage et ma dette si vous voulez que je vienne car moi je n’en ai pas, d’argent. Mais d’autrepart il devrait dans ce cas-là être très généreux avec ses tableaux. Alors – mais encore faudrait-il avoir l’argent – je ne verrais pas de mal à l’affaire. Mais ces tableaux qui un jour se vendront devront pendant peut être des annees encore immobiliser les interets de ce qu’ils coutent. Et en definitive un tableau qu’on paye 400 francs aujourd’hui et qu’on vend 1000 francs dix ans après est encore vendu au prix coutant parcequ’il a resté sans rien faire. Enfin tu sais cela mieux que moi.
Je ne serais pas surpris si peu à peu tu reprennes de l’amour pour le commerce ou au moins que tu te reconcilies avec ta position actuelle lorsque tu sentiras que les inventeurs de neuf dans le commerce ne savent pas faire une grande revolution là-dedans.
Tu es bon pour les artistes, tu es en somme en plein centre du commerce, tu fais comme tu peux, tu as bougrement raison. Seulement soigne ta santé si tu peux et ne te fais du mauvais sang pour rien. Cela viendra à présent bien tout seul si cela doit venir.
Je veux seulement insister sur ceci qu’il me semble que Gauguin, en te donnant en dépot à toi seulement ses tableaux et en attendant son heure tranquillement en travaillant ici avec moi et en nous payant les avances par son travail, ferait une politique que je respecterais davantage que n’importe quel autre parti qu’il pourra prendre.
 3v:10
Pour Bernard si Ber[nard vou]drait venir ici ce ne serait pas aux [mêmes] conditions que Gauguin – il me sem[ble]rait.–
Si en vivant ensemble il y aurait avantage rien ne t’empêche de trouver bien que si c’est possible de temps à autre tu lui acheterais quelque chôse. Mais avec lui pas de contrat quelconque, il est trop variable.
Si Gauguin ne vient pas il réussira tout de même mais il ne réussira pas par sa combinaison mais par le mérite vrai de ses toiles. Pourvu qu’il garde le temps et l’argent et la liberté nécessaire pour les faire, voilà. Je t’assure que je ne serais certainement pas un meilleur marchand que toi, dans les circonstances donnés tu fais parfaitement bien et seulement je voudrais t’envoyer de meilleurs tableaux. Cela je le cherche et je continuerai à le chercher. Bientôt j’attends l’heure de reprendre ma toile du jardin. C’est un immense avantage que j’ai de ne pas manquer de toiles et de couleurs et aussi c’est bien mon devoir de travailler sans relâche.– Si Gauguin venait je suis porté à croire que nous ferions nous-même notre couleur chez nous, à moi seul je n’ose pas car je crains que cela me découragerait si cela ne reussissait pas immediatement. Je suis tres curieux de savoir ce que Tanguy fera payer ses tubes.11
As tu lu dans le N° du Courrier francais que tu as envoyé, un article “la truie bleue”.–12 Très bien et cela fait justement penser à la Segatori. Tu le liras avec plaisir cet article-là.–

je verrai Milliet je pense aujourd’hui.– Merci d’avance des Japonaiseries.13

Je garde tous les lettres de Bernard, ils sont quelquefois vraiment interessants, tu les liras un jour ou un autre, cela fait déjà tout un paquet.–

Cette fermeté dont je parle qu’il sera necessaire d’avoir avec Gauguin, cela est uniquement parceque on s’est deja prononcé lorsqu’il a dit son plan d’opération à Paris.14 Tu as bien répondu alors sans te compromettre mais aussi sans le blesser dans son amour propre. Et c’est la meme chôse qui pourrait redevenir nécessaire.

translation
 1r:1
My dear Theo,
Many thanks for your letter and for the 50-franc note it contained. I’ve also received Maurin’s drawing, which is superb.1 That man’s a great artist. Last night I slept in the house, and although there are still things to be done, I feel very happy there. Besides, I feel that I can make something of it that will last, and from which someone else will also be able to benefit. Now money spent will no longer be money wasted, and I believe it won’t be long before you see the difference there. At present it makes me think of Bosboom’s interiors, with the red tiles, the white walls, the furniture in deal or walnut, the patches of intense blue sky and greenery visible through the windows. Now the surroundings, with the public garden, the night cafés, the grocer’s shop,2 aren’t Millet, of course, but failing that, it’s pure Daumier, pure Zola. Now that’s quite enough to find ideas in, isn’t it?
I already wrote to you yesterday that, if I count the two beds at 300 francs, the price can’t be reduced any further.3 If, however, I’ve already bought more than that, it’s because, if I already put half of last week’s money into it, yesterday I  1v:2 had to pay another 10 francs to the lodging-house keeper and 30 francs for a palliasse.
At the moment I have 5 francs left in my pocket. So I’m going to ask you to send me another louis,4 depending on what you can manage — but by return of post — to see me through the week, or 50 francs, if it’s possible. One way or another, this month I’d like to be able to count on receiving 100 instead of 50, again, over the whole month, as I asked you in my letter yesterday.
If I save 50 francs over the month myself, if I add to that the other 50, it means that in total I’ll have spent 400 francs on furniture. My dear Theo, here we are, at last, more on the right road! It’s true that it doesn’t matter not having hearth nor home as long as you’re young, and living like a traveller, in cafés, but that was becoming intolerable to me now, and most of all, it wasn’t compatible with thoughtful work. So my plan is all worked out. I’ll try to do painting for what you send me every month, and then I want to do painting for the house. What I do for the house will be to reimburse you for previous expenditure. I’m still something of a tradesman, in fact, in the sense that I’m anxious to prove that I pay my debts, and know what I want for the merchandise that the lousy trade of a poor painter forces me to labour at.  1v:3
Ah well, I feel more or less sure of succeeding in making a decoration that will be worth 10 thousand francs in time. Let me say — If here we set up a studio-refuge for one or other of our pals who are broke, no one will ever be able to reproach us, neither you nor me, with living and spending for ourselves alone.
Now to set up such a studio you need a working capital; now it’s I who have eaten it up in the course of my unproductive years, and I’ll pay it back now that I’m beginning to produce.
I assure you that, for you as well as for me, I judge it to be indispensable, but what’s more our right, always to have a louis or a few louis in our pocket, and a certain stock of merchandise to handle.
But my idea would be that in the end we’d have set up and would leave to posterity a studio in which a successor could live.
I don’t know if I’m expressing myself clearly enough, but in other words: we’re working at an art, at matters that won’t be of our times only but which may also be continued by others after us.
You’re doing that in your business; it’s undeniable that it will increase in future, even though you have many vexations at present.5
But for me, I foresee that other artists will wish to see colour under a stronger sun and in a more Japanese clarity.  1r:4 Now if I set up a studio-refuge right at the entrance to the south, that’s not so silly.
And precisely that means that we can work calmly. Ah, if others say, it’s too far from Paris &c.? Let them, too bad for them. Why did the greatest colourist of all, Eugène Delacroix, judge it indispensable to go to the south, and as far as Africa?6 Obviously because not only in Africa but even from Arles onwards you’ll naturally find fine contrasts between reds and greens, blues and oranges, sulphur and lilac. And all true colourists will have to come to admit that there exists another coloration than that of the north. And I don’t doubt that if Gauguin came, he would love this part of the country; if Gauguin didn’t come, it’s because he has already had this experience of more colourful countries, and he’d still be one of our friends and in agreement in principle. And another one of them would come in his place.
If what we’re doing looks out toward the infinite, if we see our work having its raison d’être and continuing on beyond, we work with more serenity. Now you have that twice over.  2r:5
You’re kind to painters, and be sure that the more I think about it the more I feel that there’s nothing more genuinely artistic than to love people. You’ll say to me that then we’d do well to do without art and artists. That’s true on the face of it, but after all, the Greeks and the French and the old Dutchmen accepted art, and we see art always recover after inevitable periods of decline — and I don’t believe that we’d be more virtuous for this reason, that we had a horror of artists and their art. At present I don’t yet find my paintings good enough for the benefits I’ve had from you. But once they’re good enough, I assure you that you will have created them just as much as I, and the fact is that we make them together.
But I won’t labour the point, because it will become as clear as daylight to you if I succeed in doing things a little more seriously.
At the moment I have another no. 30 square canvas  2v:6 on the go, a garden again, or rather a walk under plane trees, with green turf and black clumps of pines.7
You did very well to order the colours and the canvas,8 because the weather is superb, superb. The mistral is still there, but there are intervals of calm, and then it’s wonderful. If we had less mistral, this part of the country would really be as beautiful, and would lend itself as much to art, as Japan.
As I write, very kind letter from Bernard, who’s thinking of coming to Arles this winter — whim — but then, perhaps it’s also that Gauguin is sending him to me as a substitute, and would himself prefer to stay in the north. We’ll know soon, because I’m sure that he’ll write to you one way or another.
Bernard’s letter speaks of Gauguin with great respect and sympathy, and I’m convinced that they have mutually understood one another. And I certainly believe that Gauguin has done Bernard good.  2v:7
Whether Gauguin comes or not, he’ll still be one of our friends, and if he doesn’t come now he’ll come at another time. I instinctively feel that Gauguin is a calculating person, who, seeing himself at the bottom of the social ladder, wishes to regain a position by means that will be honest, to be sure, but which will be very shrewd. Gauguin has little idea that I’m able to take account of all that. And he perhaps doesn’t know that he must at all costs gain time, and that he’ll gain it with us, if he were to gain nothing else thereby.
Now if one of these days he does a bunk from Pont-Aven with Laval or Maurin9 without paying his debt, in my opinion he would still be in the right in his case, just like any animal at bay.
I don’t believe that it’s wise to offer Bernard 150 francs for one painting a month immediately, as we’ve offered Gauguin. And isn’t Bernard, who has clearly talked at length with Gauguin about the whole business, rather counting on replacing Gauguin?  2r:8
I believe that it’ll be necessary to be very firm and very categorical in all of this.
And without giving our reasons, to speak very clearly.
I can’t blame Gauguin — speculator, stockbroker10 — if he wishes to risk something in business, only I myself wouldn’t be part of it, I’d a thousand times sooner continue with you, whether you’re with the Goupils or not. And the new dealers are, as you know full well, exactly the same as the old ones in my opinion.
In principle, in theory, I’m for an association of artists protecting their livelihood and their work, but in principle and in theory I’m equally against attempts to destroy old firms, once established. Just let them rot in peace and die a natural death. It’s pure presumption to try to revive the trade. Have nothing to do with it, protect your livelihoods among yourselves, live as a family, as brothers and companions; splendid; even in a case where that didn’t succeed, I’d like to be part of it, but I’ll never be part of a manoeuvre against other dealers. I shake your hand firmly; I hope that what I’m forced to ask of you won’t cause you too much financial trouble. But I didn’t want to delay going to sleep at my house. And if you’re in financial difficulties yourself, I’ll get through the week with 20 francs more, but that will be urgent.

Ever yours,
Vincent

 3r:9
The letter that Gauguin will send you shortly will, I’m inclined to believe, clear the matter up.
I myself don’t blame an artist of his merit for saying, you’ll pay my journey and my debt if you wish me to come, because I don’t have any — any money. But on the other hand, in that case he’d have to be very generous with his paintings. Then — but we’d still have to have the money — I wouldn’t see any harm in the thing. But these paintings, which will be sold one day, will tie up the interest on what they cost, perhaps for many years to come. And in fact, a painting for which we pay 400 francs today and which we sell for 1,000 francs ten years later is still sold at cost price, because it has sat there doing nothing. But you know this better than I do.
I shouldn’t be surprised if little by little you regain a love of business, or at least that you’ll be reconciled with your present position when you’ll feel that those who invent new things in business don’t know how to make a great revolution in it.
You’re kind to artists, you are, in fact, right at the heart of the trade, you do what you can, you’re damned right. Only take care of your health if you can, and don’t get upset about nothing. That will come quite of its own accord now, if it must come.
I only want to emphasize this, that it seems to me that Gauguin, by giving you alone his paintings on deposit, and quietly waiting for his moment while working here with me and repaying our advances with his work, would be pursuing a policy that I would respect more than any other position he could take.  3v:10
For Bernard, if Bernard wished to come here, it wouldn’t be on the same conditions as Gauguin — it would seem to me.
If there was a benefit in living together, there’s nothing to prevent you agreeing to buy something from him from time to time, if it’s possible. But no sort of contract with him, he’s too changeable.
If Gauguin doesn’t come, he’ll succeed all the same, but he won’t succeed through his contrivance, but through the real merit of his canvases. As long as he keeps the time and the money and the freedom needed to do them, that’s all. I can assure you that I would certainly not be a better dealer than you; in the given circumstances you do perfectly well, and I’d only wish to send you better paintings. I’m trying to do that, and I’ll continue to try to do so. I expect to return to my garden canvas again soon. It’s an immense advantage that I have, not to be short of canvases and colours, and so it’s certainly my duty to work without respite. If Gauguin came, I’m inclined to believe that we’d make our colours at home ourselves; I daren’t do it on my own, because I fear that it would discourage me if it didn’t work straightaway. I’m very curious to know what Tanguy will charge for his tubes.11
Did you read an article in the number of Le Courrier Français that you sent, ‘la truie bleue’?12 Very good, and it reminds you precisely of La Segatori. You’ll enjoy reading that article.

I’ll see Milliet today, I think. Thank you in advance for the Japanese prints.13

I’m keeping all Bernard’s letters, they’re sometimes really interesting; you’ll read them some day or other; they already make quite a bundle.

This firmness I was speaking of, that it will be necessary to have with Gauguin, it’s solely because we already made our position clear when he described his plan of action in Paris.14 You replied well then without committing yourself, but also without wounding him in his amour propre. And it’s the same thing that could be necessary again.
notes
1. The print Before the accident after the drawing by Charles Maurin was printed as a ‘Supplément’ in Le Courrier Français of 16 September 1888. The engraver was ‘SGap’. There are three copies in the estate, one with drawing pin holes (inv. nos. t*1419-1 with drawing pin holes, t*1419-2 and t*1419-3). Ill. 2245 . Cf. also letter 685.
2. There were three public gardens ‘jardins publics’ abutting the place Lamartine (see letter 604, n. 2). The night café that Van Gogh painted (see letter 676) was the Café de la Gare at 30 place Lamartine. The Café du Prado (no. 13) and the Café de l’Alcazar (no. 17) were also in the square. See L’indicateur arlésien 1887 and 1888. Next door to Van Gogh’s house, in the left-hand side of the premises at no. 2 place Lamartine, was the grocer’s shop run by François Damase and Marguerite Crevoulin.
3. Van Gogh means his sum of the expenses for furniture in letter 681. By ‘yesterday’ he must mean the day of posting; he wrote the letter a day earlier (see Date).
a. Read: ‘paillasse’ (palliasse).
4. A louis was a coin worth 20 francs.
5. Evidently Theo’s dissatisfaction with the situation at work, which was already a subject of discussion in April 1888, was unchanged. Cf. letter 600, n. 5.
6. In 1832 Delacroix travelled with a French government delegation to the Sultanate of Morocco. See Johnson 1981-1989, vol. 1, p. xxi. See also letter 598, n. 11.
7. Path in the public garden (F 470 / JH 1582 ). In his previous letter (681) Van Gogh had finished another painting of the park: The public garden (‘The poet’s garden’) (F 468 / JH 1578 ).
8. Van Gogh had enclosed a large paint order with letter 677, and in letter 680 he had asked for 5 metres of canvas from Tasset’s.
9. Van Gogh means Henry Moret, who was staying in Pont-Aven. See letter 664, n. 2. He probably confused his name with Charles Maurin’s because of the illustration he had just received (see n. 1 above).
10. From 1872 to 1880 Gauguin had worked as a stockbroker for various banks and financial institutions in Paris. See Wildenstein 2001, pp. 574, 578-582.
11. Vincent had asked Theo to find out from Tanguy whether it would be possible to supply more coarsely ground paint; see letter 677.
12. Charles Morice’s ‘La truie bleue’ (The blue sow) appeared in Le Courrier Français 5 (16 September 1888), no. 38, pp. 5, 8. The story is about a Parisian who encounters a sow in women’s clothing in the street. He is astonished by this, but closer examination of this extraordinary phenomenon serves only to reveal that the animal has the same characteristics as an elegant woman. He flirts with her a little, before waking out of what turns out to be a daydream. He recalls one detail that underlines his preference for the sow over the woman: a sow cannot talk. The fact that Van Gogh mentions Agostina Segatori in this connection is telling; he evidently didn’t have fond memories of their affair (see letter 571, n. 2).
13. Milliet had been on leave in Northern France and had visited Theo on his way there; see letter 652, n. 9. See letter 685 for the Japanese prints he brought back with him. Vincent had asked for them in letter 677.
14. For Gauguin’s plan see letter 623.